Le lecteur de comics le sait, le super héros a un traitement de faveur. La mort n’est pas la fin de l’aventure et souvent, il a droit à une deuxième chance (voir une troisième ou une quatrième..). Cela fait parti des points sensibles du medium, faire mourir un personnage important a toujours un impact émotionnel fort sur le lecteur qui a suivi ses aventures et qui du coup en deviendra, par nature, privé. Le paradoxe n’est donc pas a sous-estimer et les scénaristes ont trouvé la parade depuis longtemps, le personnage mort peut ne pas le rester. Nous pourrions approcher le gagnant/gagnant si, et seulement si, mort et résurrection sont bien amenées, construites et « crédibles ».

Jean Grey, membre des tous premiers X-Men, souvent considérée comme le cœur de ces derniers, a été tuée par Magneto (plus ou moins…) il y a plus de 15 ans sous le stylo de Grant Morrison au cours d’une histoire aussi passionnante que controversée. Que la populaire jeune mutante, hôte par ailleurs du Phénix, force cosmique de destruction et de renaissance, soit restée éloigné des vivants aussi longtemps est plutôt mystérieux au final. 2017, enfin, Marvel et Matthew Rosenberg nous font revenir la jolie rouquine dans une série de 5 numéros US.

Oui, une mini série entière, compilée dans un volume sorti en France en janvier 2019 et édité par Panini Comics, est ainsi consacrée à la renaissance de Jean Grey. Visiblement l’éditeur est conscient de l’importance du personnage dans le cœur de certains fans et même de la famille X et semble désireux de proposer de la place et de créer un mini événement, ce qui est plutôt de bon augure.

Malgré mon statut de vieux lecteur de la franchise X, la lassitude devant les aventures de mes mutants préférés m’a fait lâcher pourtant ces vieux amis il y a peu. L’annonce du retour de Jean m’a redonné l’envie et l’espoir, d’autant plus que l’auteur, Matthew Rosenberg donc, semble devenir une étoile montante chez Marvel. Tournant beaucoup autour de la famille des X-Men, il en prendra même les rênes totalement par la suite.

X-Men : La résurrection du Phenix est donc l’occasion de, peut être, redonner vie à la flamme dans le lecteur fatigué d’une part, et de découvrir l’un des futurs architectes des X-Men de l’autre. Voilà pour l’apartheid perso, pour le reste, voyons, voyons…

Un exercice périlleux

Oh oui, faire revenir à la vie un personnage majeur est tout sauf facile et le début n’est pas totalement rassurant. Rosenberg joue la carte du zéro mystère, oui Jean Grey et le Phénix vont revenir et il ne s’en cache pas. Très vite, des signes semblent apparaître autour du globe et une jeune sosie apparaît dans une petite bourgade, entre amis, famille et travail, mais qui semble trop belle. Débuts certes intriguant mais…imparfaits. Les X-Men s’organisent vite, trop trop vite, comprennent encore plus vite et partent en mission vers ces signes plutôt obscurs au final. Ces derniers sont ils juste… nuls ? Ou bien cryptique à souhait pour le non initié ? Disons juste que c’est plutôt déroutant sur la forme alors que le fond est une bonne idée. Cela sera, hélas, l’une des caractéristiques du travail de Rosenberg ici à mon goût, de bonnes idées, pas toujours idéalement employées ou mises en image.

Néanmoins, si la sauce ne prends pas totalement, cela reste donc prenant dans les grandes lignes. Une fois ce départ (trop) canon, les choses se calment. Rosenberg prends plus son temps, entre cette nouvelle Jean qui se découvre et les X-Men qui pataugent, une baisse de rythme intéressante, retardant l’inévitable mais faisant monter la pression. L’histoire avance et se retrouve, de par sa nature, dans un vrai champ de mines que l’auteur va devoir gérer. Retour officiel de Jean, retrouvailles avec les X-Men, devenir du phénix, impact de l’événement dans le monde Marvel (dés qu’on prononce « Phénix », les ¾ des héros ont curieusement un autre truc à faire loin, très loin…). Et autant le dire, Rosenberg ne s’en sort qu’à moitié.

Premièrement, une maladie que je retrouve personnellement dans beaucoup de comics de super héros ces dernières années : trop d’idées alambiquées, tirées par les cheveux, inutilement compliquées et polluées par des considérations cosmiquo-scientifiquo-technico-chiantes.

Ici, le Phénix a son rôle à jouer autour de son hôte préféré, mais pourquoi rendre cela si compliqué à suivre. Au contraire, un lien simple, fort, juste humain entre la jeune Jean et l’entité cosmique aurait pu être bien plus puissant et aurait apporté une force dramatique intime dont le lecteur se serait souvenu . Rosenberg finit par y parvenir, mais en fin de volume, lors d’un face à face émouvant et fort bien écrit entre la mutante et celui qui fut son compagnon de route pendant tant d’années, en bien et en mal. La flamboyante Jean Grey nous explose enfin à la figure, forte, courageuse, mais aussi sensible et douce. Deux tiers de succès donc, d’autant plus qu’un clignement de l’œil du Phénix devrait allumer tous les radars des super héros et organisations de la Terre (souvenez-vous AvX pour ceux qui l’ont lu), alors que là.. rien. Petit manque curieux dans la gestion de l’entité, plutôt sérieuse par ailleurs car le Phénix reste l’une des puissances les plus remarquables de l’univers Marvel, et Rosenberg lui fait honneur par ailleurs.

Autre point sensible : les X-Men. Bien entendu, Jean et le Phénix sont liés aux mutants de la Terre. Et à la lecture de cette mini, une question se doit d’être posée : était-ce vraiment le bon moment pour nous donner le retour de Jean Grey ? Certes, l’opération éditoriale « Fresh Start » de Marvel, qui effectue un retour aux fondamentaux, sied très bien à la renaissance d’un personnage majeur de son écurie. Mais l’impact émotionnel du retour à la vie de Jean peut-il être le même sans Cyclope ou Wolverine, tous deux absents à ce moment là ? Sans la présence d’Iceman, du Fauve, de Xavier, d’Angel ou de Tornade ? Sans ces derniers, et devant une palanquée d’X-Men plus ou moins connus ? Comment faire du retour de la plus aimée de tous un événement émotionnellement intense sans les plus proches, les plus intimes, les historiques? Réponse.. et bien en galérant !

Question de timing?

Ainsi Rosenberg tente visiblement de « faire avec », poussant Diablo, Old Man Logan et Shadowcat en avant mais en insérant ce qu’il peut où il peut et comme il peut. Il s’en sort donc par défaut, minimisant au maximum ces scènes et essayant de trouver de l’émotion par ailleurs. Quel dommage… où est Cable son fils du futur, Psylocke et Emma Frost avec lesquelles elle a eu des rivalités intenses, ou même Rachel Grey, les Starjammers, les Shi’Ars ? D’autant plus que ces X-Men sont vite dépassés et passifs devant l’évènement. Ceci ressemble ainsi fortement à un travail de commande qui ne tombe pas au moment le plus opportun, mais Matthew Rosenberg doit, encore une fois, « faire avec », devant ré-introduire un perso maintenant assez vieux dans un cadre presque inadéquat. Des dires du scénariste, il a ainsi voulu en faire une histoire accessible pour les nouveaux lecteurs, d’où le faible nombre de protagonistes importants, mais dans le cadre éditorial du moment, d’où beaucoup de visages plus ou moins connus en fond. Un décalage un peu casse figure hélas. Nouveau demi succès.

Côté dessins, pas moins de 4 (!?) dessinateurs pour une seule mini série, Leinil Francis Yu et Carlos Pacheco du côté des « anciens » de la franchise X, Joe Bennet et Ramon Rosanas pour les petits nouveaux. Et étrangement… leurs traits restent homogènes tout au long de l’œuvre, sans impact négatif de la lecture. Globalement, c’est acceptable, sans réellement de caractère et de faits notables, mis à part Yu qui nous fournit quelques scènes plus puissantes.

Donc, LA question qui fâche : retour réussi ? L’exercice est donc toujours difficile. Ici Marvel et Rosenberg ont eu la délicatesse d’y mettre les formes avec une mini entière, faisant preuve ainsi d’ambition pour la renaissance de Jean. L’idée première amenant son retour est solide et le charisme de la première télépathe des X-Men reste entier pour le vieux lecteur nostalgique que je suis. Ceci, ainsi que l’aura du personnage, et sa relation avec le Phénix, très intelligemment utilisée par Rosenberg, marquent indéniablement des points.

Mais les quelques faiblesses de narration ici et là rendent la lecture hétérogène et parfois frustrante, avec la désagréable sensation de n’être pas passé si loin que cela d’un retour à la hauteur de la légende Jean « Marvel Girl » Grey. Heureusement, ceci fut suffisant pour enchaîner avec la suite, X-Men Red par Tom Taylor, donc les premiers numéros sont très intéressants, proposant une Jean Grey libre et de prendre sa destinée en main, et d’amener le monde avec elle… et j’en serais !

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