Valiant

Avant tout, une rapide présentation de Valiant. Créé en 1989, cet éditeur de comics parvient grâce à une politique éditoriale dynamique à se hisser en 3ème position aux USA, derrière les deux ogres Marvel et DC Comics. Hélas, Valiant finit par s’écrouler mais renaît de ses cendres en 2012. Éditeur mineur, en terme de quantité du moins, il se caractérise notamment en proposant au lecteur un monde partagé de super-héros à l’instar des deux géants mais plus réaliste, plus concret, avec un nombre de titres plus restreints et donc plus facile à appréhender pour le lecteur.

Pour cela, Valiant version 2012 a su attirer des noms intéressants, Jeff Lemire, Robert Venditti, Peter Miligan, Juan Jose Ryp, Mico Suayan, Doug Braithwaite et bien d’autres qui forment les architectes de cet univers, aux côtés de Matt Kindt, auteur ici d’Unity. La série a débuté en novembre 2013 sur deux ans avec 25 numéros américains, tous regroupés dans une intégrale éditée en France par Bliss Comics, sur lequel nous reviendrons en fin de texte.

A l’instar donc des Avengers de Marvel et de la Justice League de DC Comics, Unity est l’équipe principale de super-héros de l’Univers Valiant, regroupant donc le meilleur du meilleur pour faire face à des menaces trop importantes pour un seul d’entre eux. Et sans même ouvrir le volume, le lecteur peut se poser la question habituelle avant de se lancer dans un comics de super-héros : vais-je comprendre ? Est-ce que j’ai besoin de tout lire sur ces 20 dernières années?

Un titre facile d’accès

Réponse : non, ouf, car Matt Kindt et Valiant (et Bliss son éditeur français) font bien les choses. La présentation et la mise en place des différents protagonistes lors de la première histoire est ainsi très efficace. Peu de personnages, moins de mal à la tête de savoir qui est qui et très vite, le lecteur est jeté en pleine action où les héros/ennemis sont présentés sobrement, en lien direct avec ce qui les caractérisent en premier. Ninjak, l’espion bourré de gadgets high tech, le Guerrier Éternel immortel qui a vécu toutes les guerres, X-O Manowar et sa puissance de feu ou encore la technotélépathe Livewire totalement classe et badass ! La découverte de tout ce petit monde est d’autant plus aisée pour le connaisseur, même léger, du monde des super héros qu’après tout, ces figures ne sont pas si si éloignés que cela de notre zone de confort.

Un groupe luttant contre de grandes menaces, une organisation cousine du SHIELD de Marvel, un guerrier avec une hache qui, de loin et de dos, pourrait ressembler à un certain Thor, un milliardaire philanthrope avec une identité secrète qui aurait sa place à Gotham City, un homme en armure qui n’est pourtant pas Tony Stark.. les grandes lignes sont là mais si le fond semble proche, quid de la forme ?

Regardons tous ça de plus près

Et c’est bien sur la forme qu’Unity tire son épingle du jeu. Nous l’avons déjà mentionné, pas besoin d’un bac +8 en Valiant pour entrer dans le récit, déjà un bon point positif. Ensuite, si globalement les codes des super héros sont présents, Matt Kindt va plus profond et nous montre un univers plus concret, plus réaliste et donc plus intéressant, marque de fabrique de l’éditeur. Sans aller jusqu’à la violence, le black ops et le débridé de certaines séries WildStorm (pour ceux qui aime, lisez The Wild Storm de Warren Ellis, c’est juste génial!), Kindt développe son récit au delà du méchant de la semaine et nous montre un monde grand et cohérent. Avoir un scénariste en place tout au long du run de 24 numéros est ainsi un réel plus, lui permettant de poser son univers et d’y placer plusieurs fils rouges qui vont se croiser, rendant la lecture parfois passionnante même ! Au contraire ainsi de certaines séries blockbusters de la concurrence qui enchaînent encore et encore au point d’être parfois déconnectées, dans Unity, nous voyons l’après crise, ce qui se passe une fois que le « méchant » a été arrêté, les conséquences de leurs actions (une ville rasée le reste et devient un traumatisme à long terme, lourd et présent pour le reste du Monde) ainsi que les choix parfois discutables des « gentils » sur l’échiquier. Car Kindt insère totalement son récit parmi nous, les femmes et hommes sans pouvoirs, victimes ou cibles la plupart du temps hélas.

Nous mourrons dans Unity, en grand nombre parfois, ce qui explique que cette équipe se batte autant pour essayer de faire le bien. Et nous avons un rôle à jouer à leur côté, que cela soit via de simples civils comme la journaliste culinaire qui se mets à défendre X-O Manowar ou les autorités et les gouvernements du Monde qui gravitent forcément autour d’une équipe aux super pouvoirs. Le contexte géopolitique a ainsi une grande importance, et ce dès les premières pages où la Russie voit d’un très mauvais œil que Manowar envahisse la Roumanie au nom de son peuple ou, après de tragiques évènements, lorsque l’équipe récupère une arme de destruction massive très controversée. Nous sommes donc quand même plus réaliste dans Valiant, jusqu’à donner un cadre aux super héros, des ressources, de la logistique, de l’aide, que cela soit le milliardaire Harada, le MI-6 ou le G.A.T.E.

Les personnages

Et ceci transpire jusqu’aux personnages eux même. Ainsi, X-O Manowar qui a sa propre série en parallèle est souvent absent (au contraire de certains perso majeurs d’autres éditeurs qui semblent avoir plusieurs vies, *tousse tousse* Wolverine) et en quelques pages, Kindt nous montre les années de préparation pour que Colin King devienne Ninjak. L’auteur nous gratifie d’un travail important sur ces derniers, encore une fois peu nombreux, ce qui facilite leur personnification, notamment via l’arc « Front intérieur » idéalement placé en milieu de lecture, alors que nous commençons a cerner les personnages.

Lors de ce dernier, se situant après une énième mission particulièrement intense, chacun se retrouve dans sa vie de tous les jours, loin de l’équipe. C’est l’occasion pour Kindt de montrer ses acteurs sous un jour nouveau, mais aussi de les confronter à l’entre missions, à la vie normale. Nous découvrons alors des perso humains, épuisés, marqués par tous ses combats, proches du SPT et qui se questionnent sur le sens que tout cela peut avoir, sur leur place réelle hors super héros et sur leur vie privée, située entre l’inexistant et le fade, loin du sel et des montée d’adré des combats qui s’approche dangereusement de la dépendance. Une petite pause donc dans la vie trépidante d’Unity mais particulièrement bien écrite et enrichissante. Cette « folie furieuse » qu’est devenue leurs vies depuis Unity est également au centre d’un arc où la gentille Faith vient les rejoindre et découvre malgré elle un monde bien différent qu’elle ne le pensait.

De même, les « bad guys » de la série sont un peu mieux brossés que le méchant de la semaine qui veut conquérir le monde parce que c’est bien. Si ils restent bien sûr du mauvais côté de la barrière, leurs motivations peuvent éventuellement s’entendre, sur le fond plus que sur la forme. D’ailleurs les menaces sont variées, impressionnante puissance de feu, virus, piratage informatique, aliens… une belle palette riche à souhait. Mention plus à la Belliciste qui ajoute une dose d’humour et d’irrespect dans une lecture peut être un peu trop sérieuse.

Quant au point crucial d’Unity, l’équipe, qu’en est il ? Globalement moins satisfaisant selon moi. Si le début est fort honnête avec la création de toute pièce du groupe puis les premières missions où ils doivent évoluer ensemble, la suite, où ils passent de la somme de leurs compétences à une vraie mutualisation, se fait plutôt attendre. Certes cet aspect là est présent dans les dialogues de Matt Kindt, mais moins évident dans l’action, où il ne semble pas que les acteurs évoluent mieux ensemble qu’au début.

La narration

Cette progression pourtant clef de voute du comics, aurait pu être mieux mise en image. De même que leurs intéractions, souvent très verbales (le comics est d’ailleurs plutôt verbeux d’une manière générale) mais sans qu’il en ressorte un lien réel, une intimité ou une vraie connexion. Il ne manquait pas grand chose car cette équipe reste vivante avec l’arrivée de nouveaux membres, d’anciens ennemis ou certains d’entre eux qui évoluent/changent de statut. A moins que la fin n’arrive trop tôt et que M. Kindt avait ce genre de plan pour la suite ?

Par ailleurs, ce dernier ne ménage pas ses efforts narratifs pour nous faire passer un bon moment. Il nous fait ainsi assister à la naissance d’une équipe hors norme en réponse à une crise majeure, puis cette dernière connaît une trahison d’envergure, de nouveaux membres, un sacrifice, des ennemis qui se créent en réaction.. le tout en multipliant les effets de style, flashbacks, flashforwards, épisodes centrés sur un personnage, révélations puis explications. Un monde bien vivant et surtout un monde cohérent, une autre force de l’Univers Valiant. Ainsi, Unity n’est pas la première équipe de super héros, ni les seuls de l’univers, et une belle galerie de personnage vont et viennent dans les pages du comics. Pour les connaisseurs, cela reste agréable de voir passer Faith, Bloodshot et de réaliser que la scientifique qui a fait parti d’une équipe dans les années 40 était l’amour obsessionnel du terrible Dr Silk.

Petit point négatif à ce sujet, l’arc narratif « Les chasseurs d’armures » est un crossover avec la série X-O Manowar. En tant que telle, il est donc difficile de suivre ce qui s’y passe vu qu’il manque les numéros d’X-O. Certes l’histoire reste compréhensible dans les grandes longueurs, mais peut être qu’un petit mot de l’éditeur aurait pu le signaler. C’est néanmoins le jeu des Intégrales, cela aurait été impossible de tout avoir et le lecteur peut découvrir l’histoire complète dans un autre volume édité aussi chez Bliss . Hélas, ce volume comprends aussi les épisodes d’Unity. Bliss proposant des titres uniquement en numérique, j’espère qu’un jour il sera possible de lire les épisodes complémentaires sous ce format, d’autant que cet arc narratif entérine la création d’Unity de la plus épique des manière.

L’équipe créatrice

Quelques mots sur l’équipe créatrice quand même. Matt Kindt à l’écriture, plusieurs fois nominé pour des récompenses, connu surtout pour Mind MGMT et Dept H chez l’éditeur Dark Horse Comics mais c’est chez Valiant qu’il est le plus actif avec en plus d’Unity, la série cyberfuturiste Rai, Ninjak et quelques séries épiques fondatrices de l’univers Valiant 2012. Ils sont nombreux aux dessins, Doug Braithwaite, Cafu, Pere Perez et bien d’autres. Si ce ne sont pas des noms majeurs de l’industrie, ni des stars, leur travail reste honnête et suffisamment variés au sein de cette grosse intégrale pour être divertissant. A noter enfin la magnifique couverture de Russel « The Mighty Thor » Dauterman choisie par Bliss pour ce volume.

En conclusion:

Bliss comics, nous y revenons, jeune éditeur crée en 2016 mais particulièrement dynamique et intéressant. Boutique en ligne, possibilité de découvrir les premières pages gratuitement, chronologie, explications précises, Florent Degletagne ne se ménage pas pour nous éditer des ouvrages d’un niveau professionnel où l’on sent l’amour du comics, rien que cela. Et quand on aime, on a de petites intentions. Ainsi, avoir un vrai menu en début de volume avec les numéros US, les artistes, les noms des arc narratifs et même les éditeurs US de la série, petit plus que j’apprécie personnellement. En fin de volume, quelques pages que les autres titres, et même des conseils sur quoi lire ensuite. Si certains éditeurs semblent plus proche du commercial froid et distant, chez Bliss, c’est visiblement un vrai connaisseur qui veut nous faire partager sa passion.

Unity est donc fort sympathique, un petit vent frais pour les fatigués des Marvelo-DCcomico-évènements cosmiques compliqués et tortueux ou pour les timides qui veulent se lancer dans du comics sans passer par 4 heures de wikipedia. A ce titre, Unity est une entrée efficace, et par la grande porte, dans l’Univers Valiant. Et si c’est perfectible çà et là, je n’avais qu’une envie en fin de lecture, connaître la suite des aventures, non.. des missions d’Unity, de Ninjak, de Livewire, de Gilad.. ce qui est quand même bon signe.. à suivre donc, et mes prochaines lectures sont toutes trouvées : The Valiant puis Book of Death.

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