Salut a tous c’est James, il y’a quelques temps Matthieu (que vous connaissez surement si vous écoutez l’émission) m’a proposé de publier sur le site ces vielles review qu’il écrivaient sur le forum Buzz Comics. Du coup c’est ce qu’on va faire dans cette rubrique que j’appellerai « les review du grenier », il a écrit pas mal d’articles (surtout sur des titres Vertigo) mais je vais pas tout mettre d’un coup donc pendant un moment une fois par semaine vous aurez le droit à une critique de Matthieu. Et pour commencer j’ai décidé de vous mettre sa review d’un de mes comics favoris: Punk Rock Jesus!

Punk Rock Jesus par Sean Murphy

Voilà donc le fameux succès Vertigo 2012-13 de l’étoile montante Sean Murphy, son éclat de génie dit-on sorti plus ou moins de nulle part. Un bon chtit pavé de 6 # bien épais, tout en noir & blanc et au pitch diablement attirant: dans un futur proche une émission de TV réalité a pour personnage principal un clone de Jesus Christ. Un concept plutôt génial il faut avouer, forts de promesses mais peut être un peu trop justement? Comme il serait facile de décevoir un lectorat en gâchant un tel sujet mais, et c’est donc là le génie de Murphy, ce n’est pas le cas, au contraire, Punk Rock Jesus, ou PRJ pour les cools, tient en haleine, passionne, fait réfléchir et satisfait l’insatiable faim de lecteur psychopathe qui n’a pas arrêté de baver et de se réveiller la nuit à l’annonce de la sortie du comics!! Un véritable tour de force.

 

Comment? En ne se satisfaisant pas de son plot et en recentrant totalement son récit, non pas sur ce «Messie» mais sur les personnages, des humains, pris dans ce torrent incontrôlable, des personnages parfaitement mis en valeur et construits, touchant et émouvant. Murphy joue d’ailleurs la surprise, partant de personnages plutôt clichés et stéréotypés mais qui vont prendre de l’épaisseur sous nos yeux, se découvrant à nous, pour au final nous happer avec eux, accrochés à leurs vies, à leurs dialogues, à leurs relations avec les autres, pleurant avec eux, sentant leurs douleurs, leurs peines et leurs joies. Car au delà une nouvelle fois de ce plot fantastique et biblique, ce sont de «simples» histoires humaines que Murphy raconte, les peurs d’une mère, des amours naissant, des remords et des envies de se racheter après de terribles erreurs, des rapports parents/enfants, du passé qui revient nous hanter, des choix difficiles ou des erreurs de jeunesse… Tout ceci est donc parfaitement ancré dans notre réalité, nous parle directement, surtout que le plot nous parvient à une époque où la TV réalité a envahit nos téléviseurs et ne semblent pas connaître de limites, et où les religions semblent faire un come back peu réjouissant un peu partout dans le monde. Voici donc le cadre de Punk Rock Jesus, au final tellement humain, tellement à fleur de peau que l’aspect extraordinaire du retour du Messie passe en second plan derrière des histoires bien plus simples, mais tellement émouvante.
Et quid de Jesus quand même, ou Christ en l’occurrence, clone de Jesus Christ qui naît et grandit sous nos yeux et sous les yeux du monde entier dans
le style du Truman Show? Là aussi, si bien sûr le personnage est central, il a autant de «temps d’antenne» que les autres, un simple gamin destiné à être bien plus, une enfance douloureuse ballottée par les besoins d’une production de requins (à la limite, le seul élèment un peu trop basique du récit, même si totalement crédible) et une adolescence totalement destroy avec la création d’un groupe de Punk prônant les dangers du pouvoir des religions. Un twist assez courageux de la part de Murphy mais totalement génial là aussi, d’autant plus que le flou sur la véritable origine de Christ est toujours dans l’air. Et si Jesus revenait pour nous cracher à la gueule sa haine de ce que nous sommes devenus? C’est la dimension biblique du récit, il en fallait une quand même, Christ vs les fondamentalistes chrétiens dans une USA en crise qui s’en remet à leur foi, un combat âpre et violent, hélas parfaitement réaliste et crédible, qui là aussi ne peut que nous parler directement… y a qu’à allumer la télé et regarder les infos.

 

Cet aspect là du comics est écrit sans détours, sans parabole, Murphy y va avec ses c******* et nous montre ce que l’application de la religion a de plus mauvais, pervertie par la folie de quelques uns, Christ y compris. Petit coup de génie encore, l’histoire est loin d’être manichéenne, pas de gentils d’un coté et de méchants de l’autre, pas de vainqueurs, que des perdants. Ces derniers, la boucle est bouclée, se trouve être simplement les hommes et les femmes de tous les jours, nos héros si tourmentés qui gravitent autour de Christ. Au final, Punk Rock Jesus sous ses aspects «religieux» reste une déclaration d’amour pour ses hommes et ses femmes qui vivent leurs vies simplement, essayant d’être bons, de réparer leurs erreurs tout en les assumant, des gens « normaux » prit dans des événements qui les dépassent mais qui tentent de garder leur dignité et leur humanisme. On aurait vite fait de dire que Punk Rock Jesus est anti religieux, c’est là aussi totalement dans l’air du temps de dénoncer ça ou ça parce que ça froisse quelque peu les croyances d’une paire de fondamentalistes qui veulent passer à la télé mais c’est trop intelligent et trop bien écrit pour le réduire à cela. Au delà de l’histoire, il y a aussi une réflexion effectivement sur la religion mais surtout sur ce que nous en faisons. A coté de cela, j’avoue ne pas être le genre de lecteur à me concentrer sur les messages du comics mais plutôt à me laisser porter par une histoire si elle est bien écrite, et c’est le cas ici, complètement.

Peut être le fait que Murphy se soit autant impliqué dans ce comics est une autre raison pour expliquer sa puissance narratrice et la force dégagée par son récit, les personnages ou simplement l’histoire. En postface il explique ainsi qu’il a rédigé Punk Rock Jesus alors qu’il se posait justement des questions sur sa foi religieuse, lui qui vient d’une famille catholique, et on a apprit par ailleurs qu’une partie de cette dernière lui a tourné le dos depuis la parution de PRJ. Hélas, un exemple frappant de ce dont Murphy voulait parler, sans complètement dénoncer ou condamner, mais plus en ouvrant un dialogue et en mettant des valeurs bien plus terre à terre certes mais plus humaines aussi.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.